Un virement envoyé au mauvais IBAN doit être signalé immédiatement, car la possibilité de récupérer l’argent dépend avant tout du stade d’exécution de l’ordre. Comme le rapporte la rédaction SuperJouer Paris en s’appuyant sur les informations de la Banque de France, une banque peut tenter une demande de retour des fonds, appelée « recall », mais cette procédure ne garantit pas leur restitution lorsque le compte destinataire a déjà été crédité.
En droit français, l’IBAN constitue l’identifiant déterminant pour l’exécution du paiement. Lorsque la banque transfère la somme vers l’IBAN fourni et validé par le client, l’opération est juridiquement considérée comme correctement exécutée, même si le nom saisi correspondait à une autre personne.
La banque doit alors essayer de récupérer les fonds, mais elle ne peut pas les reprendre unilatéralement sur le compte du bénéficiaire.
À quel moment l’annulation devient-elle impossible
Un ordre de virement peut parfois être annulé tant qu’il n’a pas encore été reçu et traité par la banque. Cette marge de manœuvre concerne surtout un virement classique programmé à une date ultérieure ou placé temporairement en attente dans l’espace bancaire du client.
Dès que l’ordre est considéré comme reçu et que son traitement a commencé, le principe d’irrévocabilité s’applique. Pour un virement instantané, la fenêtre d’intervention est particulièrement réduite : la réglementation européenne prévoit que les fonds soient mis à disposition du bénéficiaire en moins de dix secondes. Une demande adressée après la validation arrive donc généralement trop tard pour empêcher l’exécution technique du paiement.
Pour un virement SEPA classique, le traitement est moins rapide, mais le client ne dispose pas pour autant d’un droit automatique à l’annulation. Tout dépend du moment où la banque reçoit l’ordre, des horaires de traitement, de la date d’exécution prévue et des conditions fixées dans la convention de compte.
Les principales situations sont les suivantes :
- Ordre programmé mais non exécuté : il peut généralement être supprimé depuis l’espace bancaire avant l’échéance indiquée.
- Ordre transmis mais encore en traitement : la banque peut tenter de le bloquer, sans obligation de résultat.
- Compte bénéficiaire déjà crédité : la banque ne peut plus annuler le virement ; elle doit lancer une procédure de récupération.
- Virement instantané exécuté : il est techniquement irrévocable presque immédiatement.
La disparition du bouton « annuler » dans l’application bancaire constitue généralement un premier indice que l’ordre a déjà franchi le stade auquel le client pouvait le révoquer lui-même.
Pourquoi la banque ne peut-elle pas reprendre directement l’argent
L’article L133-21 du Code monétaire et financier établit qu’un paiement exécuté conformément à l’identifiant unique fourni par le client est réputé correctement exécuté à l’égard du bénéficiaire correspondant à cet identifiant. En pratique, cet identifiant est l’IBAN.
« Si l’identifiant unique fourni par l’utilisateur […] est inexact, le prestataire de services de paiement n’est pas responsable. »
Cette règle signifie que la banque n’est normalement pas tenue de rembourser elle-même la somme lorsqu’un client valide volontairement un IBAN erroné. Le nom du bénéficiaire renseigné dans le formulaire ne remplaçait historiquement pas l’IBAN comme identifiant d’exécution.
Une fois le compte destinataire crédité, les fonds appartiennent juridiquement au titulaire de ce compte, même s’il les a reçus par erreur. La banque du payeur ne peut donc pas débiter ce compte sans base juridique, sans accord du bénéficiaire ou sans décision permettant la restitution.
Le Code impose néanmoins à l’établissement du payeur de s’efforcer de récupérer l’argent. La banque du bénéficiaire doit lui transmettre les informations utiles à cette démarche. Si la récupération échoue, la banque du payeur doit également fournir, à la demande du client, les informations dont elle dispose pour permettre un éventuel recours judiciaire.
« Le prestataire de services de paiement du payeur s’efforce de récupérer les fonds engagés dans l’opération. »
Des frais de récupération peuvent être facturés lorsque cette possibilité est prévue dans la convention de compte ou le contrat-cadre de services de paiement.

Comment fonctionne le recall bancaire
Le « recall » est une demande de retour des fonds envoyée par la banque du payeur à la banque qui a reçu le virement. Il ne s’agit pas d’une annulation automatique, mais d’une procédure interbancaire destinée à solliciter la restitution de la somme.
La demande doit être effectuée sans délai. Le client doit contacter sa banque par téléphone, via la messagerie sécurisée et, si nécessaire, par écrit afin de conserver une trace datée de son signalement.
Les informations à transmettre sont limitées mais précises :
- la date et l’heure approximative du virement ;
- le montant transféré ;
- l’IBAN destinataire ;
- la référence de l’opération ;
- le motif de la demande : erreur de saisie, mauvais bénéficiaire ou fraude.
La banque émettrice contacte ensuite l’établissement du bénéficiaire. Si l’argent se trouve encore sur le compte et que le titulaire accepte sa restitution, les fonds peuvent être renvoyés. En revanche, le recall peut échouer lorsque le bénéficiaire refuse, lorsque le compte n’est plus suffisamment approvisionné ou lorsque la somme a déjà été transférée vers un autre compte.
La Banque de France recommande notamment de prévenir immédiatement sa banque et de demander une procédure de retour des fonds lorsqu’un virement a été envoyé vers un RIB frauduleux.
« Prévenez sans délai votre banque et demandez-lui d’effectuer une demande de retour de fonds. »
Dans une simple erreur d’IBAN, la logique opérationnelle reste comparable : plus la demande intervient tôt, plus les banques ont de chances de localiser et d’immobiliser la somme avant son utilisation.
La banque doit-elle rembourser le client
La banque n’a normalement pas à rembourser un virement correctement exécuté vers l’IBAN validé par le client. La Cour de cassation a confirmé le 15 janvier 2025 que le régime spécifique du Code monétaire et financier s’applique lorsqu’un ordre est exécuté conformément à l’identifiant unique communiqué, y compris lorsque celui-ci mène au compte d’un tiers ayant détourné les fonds.
La situation est différente lorsque l’erreur vient de la banque. Si le client a fourni le bon IBAN mais que l’établissement a crédité un autre compte, il s’agit d’une opération mal exécutée par le prestataire. La responsabilité de la banque peut alors être engagée.
Une autre distinction doit être faite entre un virement autorisé et un virement non autorisé. Lorsqu’un tiers accède au compte et ordonne un paiement sans le consentement du titulaire, les règles applicables aux opérations frauduleuses et non autorisées entrent en jeu. Elles ne sont pas identiques à celles d’un virement volontairement validé vers un mauvais IBAN.
Un client qui a lui-même confirmé l’opération avec son dispositif d’authentification ne peut donc pas la présenter automatiquement comme un paiement non autorisé.

Que change la vérification du nom du bénéficiaire
Depuis le 9 octobre 2025, les banques de la zone euro doivent proposer gratuitement un dispositif de vérification du bénéficiaire avant l’autorisation d’un virement en euros. Cette procédure, appelée Verification of Payee ou VoP, compare l’IBAN avec le nom du titulaire du compte.
Le système peut afficher plusieurs résultats : correspondance exacte, correspondance proche, absence de correspondance ou impossibilité de vérification. Lorsque le nom et l’IBAN ne correspondent pas, le client reçoit un avertissement avant de confirmer l’ordre.
Le guide publié par la Banque de France précise que l’utilisateur peut alors corriger les informations, vérifier les coordonnées auprès du bénéficiaire ou renoncer au paiement.
Cette protection ne bloque toutefois pas systématiquement l’opération. Le client peut décider de poursuivre malgré l’alerte. Lorsque la banque a correctement effectué la vérification et affiché l’avertissement, elle ne devient pas responsable du seul fait que le payeur a choisi de valider un IBAN incohérent. Le règlement européen prévoit en revanche un remboursement rapide si l’établissement n’a pas respecté son obligation de vérification et que ce manquement a directement conduit au paiement vers un bénéficiaire non voulu.
Que faire si la récupération amiable échoue
Lorsque le recall n’aboutit pas, le client peut demander à sa banque les éléments nécessaires pour engager une procédure contre le bénéficiaire du paiement. Cette possibilité découle directement de l’article L133-21 du Code monétaire et financier.
Il faut conserver :
- les relevés montrant le débit ;
- l’ordre de virement et sa référence ;
- les échanges avec la banque ;
- la demande de recall et sa réponse ;
- tout document établissant l’identité du bénéficiaire réellement visé.
La personne qui reçoit une somme qui ne lui était pas destinée n’a pas le droit de la conserver. Le payeur peut demander sa restitution à l’amiable, puis engager une action fondée sur la restitution de l’indu si le destinataire refuse.
En présence d’une fraude, d’un faux RIB ou d’une substitution d’IBAN, il convient également de déposer plainte et de remettre le récépissé à la banque. Cette démarche ne garantit pas le retour de l’argent, mais elle permet de documenter la fraude et d’alimenter les recherches sur le circuit des fonds.
Le point décisif reste le suivant : la banque ne peut généralement plus annuler un virement dès que l’ordre est exécuté et que le compte bénéficiaire est crédité. À partir de ce moment, elle peut solliciter un retour, coopérer avec la banque destinataire et fournir des informations utiles à un recours, mais elle ne peut pas récupérer l’argent de force. La rapidité du signalement demeure donc le principal facteur sur lequel le client peut agir.
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